Aina s’en est allée. Après son départ, Audrey a écrit un texte émouvant auquel je souhaitais faire une place sur ce blog. Parce que la fausse couche concerne 1 femme sur 4 et qu’il est encore temps en 2018 de briser la loi du silence.

« Dans nos petits cœurs de futurs parents, même si tu n’étais qu’un tout petit bout, Papa et moi t’avions prénommée Aina : ça veut dire AMOUR en japonais.

Tu étais notre petit miracle et déjà on se projetait dans une vie à trois.

J’étais fière que tu nous aies choisi comme parents, fière de voir chaque jour mon ventre s’arrondir. Je t’aimais déjà tellement. On attendait encore quelques semaines avant de pouvoir annoncer notre bonheur ouvertement et puis…

De battre ton coeur s’est arrêté.

Le mien est en miette. Je t’aime mon bébé. Merci d’être venue à nous.

Aujourd’hui 1 mois est passé et ta maison, mon corps, garde encore des traces de ton passage.
Mon petit corps, mon ami, mon allié.

Toi et moi venons de traverser une grosse tempête, certains parleraient même d’un tsunami, comme une vague d’émotion géante qui nous est arrivée en pleine figure, qui a traversé toutes nos cellules et tout notre ADN.

Cette vague que nous n’avons pas vu venir, que pourtant nous redoutions, et contre laquelle nous n’avons pas pu lutter. Simplement nous laisser porter par les flots de toutes ces émotions en attendant en vain une accalmie.

Des accalmies de tristesse il y en a, ponctuées de ci, de là, qui laissent place à la colère, à l’espoir parfois et puis BAM, revoilà une nouvelle vague à l’âme de tristesse qui nous emporte toi et moi.

Te voilà involontaire mon corps.

Tu n’as pas envie de rire, pas envie de faire semblant.

Tout le monde te dit « ça va passer t’en fais pas », « change toi les idées », mais dans cet instant présent tu n’as qu’une seule envie : qu’on te laisse aller et vivre pleinement tout ce que tu traverses.

Sans te demander ce qui serait mieux, sans appliquer aucune des méthodes magiques qui te feraient oublier. Simplement te sentir pleinement connecté à ta peine et à tout ce que tu vis.

Là, maintenant.

C’est vrai qu’il y a aussi la tête. Elle a compris et identifié le message de ce ventre vide, mais toi mon corps, je réalise qu’il te faut plus de temps pour incarner le vide.

Je viens de comprendre en te regardant que pour l’instant tu n’avais pas encore compris. Il y a encore ce ventre rond contre lequel ma tête lutte à coups de “va t’en” !

Mais toi mon corps tu sais que tu as besoin de plus de temps pour laisser être toutes ces vagues à l’âme.

Tu as une belle mémoire mon corps et je sais que tu n’oublies pas. D’ailleurs tu ne cherches pas juste à oublier. Tu prends le temps dont tu as besoin pour laisser faire la vie et être dans la douceur.

Quelle urgence il y a-t-il a devoir aller mieux ? Pour qui ? Pour quoi ?

Tu sais bien toi que plus je lutterai à te demander de faire silence, plus tu inonderas mon corps de messages, de maux et de “mal-à-dit”.

Ça, c’est toi qui me l’a appris. J’ai retenu la leçon.

Alors ma tête, mon cœur, mon âme et moi avons décidé de nous allier pleinement à toi, à tes besoins, de pleurer tout ce qui important pour toi.

Prends ton temps mon corps.

Exprime, pleure, crie, dors, qu’importe, je suis là.
Reçois tout mon amour et ma douceur, laisse-toi bercer au son de tes émotions et simplement respire.

Respire.

Res-pire… »